Initiatives Dijon

Monsieur le Maire,

 

Dans le prolongement de l'intervention de Jean-Michel Brocherieux en notre nom au Conseil Municipal de novembre dernier,  les élus du groupe Initiatives Dijon réaffirment qu'ils  partagent un certain nombre d' intentions affichées dans ce Programme local d'urbanisme.

Nous souhaitons tous :

- rendre la ville évolutive, c'est-à-dire favoriser la mixité sociale.

- préserver les espaces naturels, de verdure en proposant un cadre de vie agréable.

- rendre la ville plus mobile, avec le développement des moyens de transport multimodaux.

- développer des services et des commerces de proximité dans tous les quartiers.

 

En soit, ces principes ne sont pas contestables et on ne peut qu'y adhérer. Cependant, le Plan Local d’Urbanisme qui nous est soumis, et lorsqu'on entre dans le concret, suscite beaucoup d'interrogations et d' inquiétudes.

En premier lieu, nous retrouvons de nombreux éléments qui nous font craindre  que le bétonnage systématique de Dijon, que vous avez entrepris, va s'amplifier.

A titre d'exemple, certaines zones[1] ne sont soumises à aucune règle d'urbanisme, et on ne peut savoir aujourd'hui quelles seront les normes d’urbanisation qui vont y être appliquées. Les coefficients d’occupation des sols y sont supprimés.

 Il en est de même pour les zones où les hauteurs des bâtiments dépendront des projets.

Vous prévoyez partout de densifier l’habitat allant même jusqu’à étendre de manière presque systématique la possibilité de construire en limite de propriété voisine.

Entendons-nous, la densification urbaine n’est pas en soi à rejeter, mais à condition qu'elle soit raisonnée , c'est à dire que la construction de nouveaux immeubles  se fasse en harmonie avec le cadre de vie existant. Qu'elle soit respectueuse de la qualité de vie des habitants et que l'on envisage, lorsqu’on autorise de nouveaux programmes immobiliers, toutes leurs conséquences en termes d'équipements, de circulation, de stationnement. C'est fondamental. Respecter l'harmonie des quartiers existants.

Or, votre politique urbaine ne va pas dans ce sens.

 

Et si nous sommes inquiets, c'est que nous vous avons déjà vu à l'œuvre. On peut prendre l'exemple des quartiers Urgo ou Junot, rue de Jouvence, où vous avez autorisé la construction de près de 480 logements. Je le rappelle, le programme initial était de 250 logements. Vous avez permis son doublement. Que constate t-on aujourd'hui? Alors même que près de la moitié des logements n'est pas encore occupée: l'absence d'espaces verts, les problèmes inextricables de circulation, les voitures partout sur les trottoirs... Voilà l'urbanisme dont vous êtes responsable.

Résultat: le cadre et les conditions de vie se dégradent dans le secteur pour les anciens, mais aussi pour les nouveaux habitants. Et ces conséquences, on peut les mesurer dans d'autres quartiers dijonnais, comme à Junot.

Sur le moindre mètre carré qui se libère, c'est du béton, encore du béton, toujours du béton. A côté de cela, rien n’est dit par exemple sur la protection et le développement des espaces verts permettant une respiration de la ville.

Quelle politique de création d'espaces verts à Dijon? Partout, on abat des arbres, on réduit les espaces de verdure ( le parc de l'hôpital militaire, le parc de la Providence...) On ne profite pas des opportunités foncières pour en ouvrir de nouveaux...

Vous nous parlez d'écologie à longueur de journée, vous en faites même – si j’ai bien compris - un axe majeur de communication, mais l’écologie concrète, l’écologie du quotidien, vous l'abandonnez aux bétonneurs. L'écologie ne se décrète pas, elle se vit. Ce bétonnage intensif va à l'encontre de l'image et de l'identité de notre ville où les espaces verts ont une place majeure, où la nature est intimement liée à la ville.

 

Rien n’est dit  non plus dans ce PLU sur la réglementation concernant le bruit en sachant qu’il s’agit d’un facteur de qualité urbaine essentiel.

Rien n’est dit sur les déplacements piétons, premier moyen de déplacement urbain.

Et justement, à propos  des déplacements, nous avons une divergence profonde.

Afin d’éviter les caricatures, je le répète, notre groupe est favorable à la liberté et à la diversité des moyens de transports, qu’ils soient individuels ou collectifs, et en particulier au développement des transports en commun et aux modes de déplacements doux (piétons , 2 roues...).

Pour autant, la voiture reste et restera encore longtemps un moyen de transport nécessaire pour un grand nombre de Français. Ce n'est pas un souhait de notre part, c'est un constat.

Ainsi, un grand nombre de Dijonnais, pour des raisons familiales ou professionnelles ne peuvent pas se passer de leur véhicule. L’ignorer est une faute. L’observation des difficultés de vie autour de récentes opérations d'urbanisme en témoignent, et je pense notamment au quartier Jouvence.

Bien sur, il faut maitriser la place de la voiture dans la ville, mais nous pensons qu’il faut aussi  répondre aux besoins de stationnement incontournables des Dijonnais. Les nier de manière doctrinaire, c’est encourager les zones périphériques et donc l’étalement urbain, c'est nuire au cadre de vie de notre ville et à la qualité de vie de ses habitants.

Vous prévoyez, notamment, de limiter l’exigence de construction de parkings dans les nouveaux programmes immobiliers, à 1 parking pour 80 m2. Encore pire pour les bureaux, les commerces, les artisans, la règle est de 1 parking pour 100 m2. Conséquences: les voitures iront logiquement stationner dans la rue. 

 D'autre part, votre politique ne prend pas en compte l'évolution des voitures de plus en plus urbaines, hybrides et non polluantes.  Constat qui devrait générer des réflexions sur le co-voiturage, la voiture propre, notamment électrique. Or rien n'est fait pour l'instant pour le véhicule électrique à Dijon : Divia City roule toujours au fuel et pas d'aménagements de stationnement pour voitures électriques.

 

Enfin , ce PLU a l'ambition de faire évoluer la structure de l’urbanisation de Dijon. Contrairement à ce que vous laissez croire, nous ne sommes pas opposés à cette évolution. Simplement, nous pensons quelle doit être mise au service d'un vrai projet de ville, qui doit d'abord être économique. Mais quel est votre projet du Dijon de demain ?

 

Vos intentions affichées consistent à créer 1 000 logements par an, soit 10 000 logements en 10 ans. Je comprends et partage l’intérêt, notamment en termes de recettes fiscales. Mais, sommes-nous réellement sur la bonne voie ? Pourquoi créer a priori autant de nouveaux logements si ceux-ci restent vides ? De nombreux logements sont actuellement vacants. Certains programmes immobiliers neufs peinent à trouver des occupants.

Votre projet suppose d’accueillir 8 000 nouveaux Dijonnais en 10 ans. Actuellement, l’augmentation de la population dijonnaise est loin de ces proportions. Nous ne  comptons qu’une cinquantaine[2] de nouveaux Dijonnais par an.

Seul le développement économique sera le vecteur d’un véritable développement urbain et d’un réel développement démographique. Or, quelle dynamique économique proposez-vous pour attirer cette population supplémentaire ? Où sont les emplois ? Vous misez sur le seul développement administratif… cela a aidé par le passé, c’est vrai. Mais, la crise est là et on comprend bien que le tout administratif est terminé. La position de capitale administrative régionale tend à sur représenter l’emploi administratif et tertiaire par rapport à l’emploi industriel : l’ampleur des friches INDUSTRIELLES actuelles traduit bien la difficulté de développer un emploi productif de manière importante. D'ailleurs, il est significatif que le mot entreprise soit complètement absent de ce rapport.

 

Dans vos orientations, nous ne trouvons pas les éléments susceptibles d’offrir un cadre urbain favorable à l’activité économique. Au contraire,  certaines de vos décisions vont dans le sens inverse :

 

- le quasi-doublement de la taxe transport qui pèse lourdement sur les entreprises

- le tracé du tramway qui ne dessert pas les principales zones économiques de l'agglomération

- Le refus de financement de l'aéroport

- Le blocage du dossier de LINO à deux fois deux voies.

 

 

Pour l’heure, il convient de prendre en compte la perception générale de la ville au plan national. Elle n'est pas forcément bonne chez les investisseurs ou les cadres mobiles.  Dans tous les cas, ce n'est pas le premier choix pour eux pour leurs perspectives de carrières. Il suffit d'interroger des recruteurs nationaux qui ont un mal fou à attirer leurs cibles ici. La position de Dijon régresse sur de nombreux points, par rapport à ses concurrentes, la performance économique de Dijon est très moyenne en termes de dynamique de création d’emplois.

-         

C’est donc en formulant un projet de dynamisation économique pour Dijon que le présent projet de PLU trouverait tout son sens, dés lors qu’il veillera à lui apporter une réelle contribution  :

En orientant l’évolution des infrastructures et moyens de transport en commun vers notamment une desserte efficace des zones d’emploi ;

En créant des espaces de vie facilitant l’intégration de la population actuelle et future, à travers, bien sur, une vraie mixité sociale, mais aussi une mixité générationnelle et d'activités.

En répondant à l’ambition de réduction des distances moyennes à parcourir : dynamique de commerce de proximité, équipements d’éducation et de loisirs bien répartis, mais aussi, espaces destinés à l’accueil d’initiatives créatrices d’emplois locaux.

Enfin, en renforçant une dynamique d’intégration des tissus économie-recherche, s’appuyant sur une valeur forte de Dijon dans le concert des grandes villes françaises : son pôle universitaire , son offre de services de santé et aussi son formidable potentiel de ville conciliant équipements et qualité de vie, développement économique et préservation de l'environnement .

 

 C'est ce créneau porteur de « ville nature », ce formidable potentiel que vous n’exploitez pas et, pire, que vous mettez à mal par votre bétonnage. 

 


D’une manière générale, nous regrettons que le projet se contente d’afficher, à la mode marketing, des objectifs doctrinaires sans proposer une réelle vision assortie de plans d’action concrets pour susciter le développement de la ville.

 

C'est un PLU dogmatique qui s'appuie sur des idées simplistes, stéréotypées, oubliant ce qu’est la réalité de DIJON, son identité et, à notre sens, son ambition originale de développement qui doit être fondée sur son rapport étroit avec la nature.

 

Pour l’ensemble de ces raisons, notre groupe votera contre ce PLU.


[1]              Toutes les zones jaunes sur la carte PLU : UE8, UE8, AUE5 etc.…

[2]              39 Dijonnais supplémentaires de 2009 à 2010 selon l’INSEE. Officiellement, la population dijonnaise de 2010 est de 155 387 (151 543 en réalité si on enlève par exemple les Dijonnais qui partent étudier quelques années ailleurs mais qui restent officiellement chez leurs parents etc…). Le chiffre officiel de 2009 est de 155 340 (151 504).

Mar 29 jun 2010 Aucun commentaire