Partager l'article ! Interview dans la Gazette de Côte d'Or de François-Xavier DUGOURD: " C'est un vote message": Comprendre. Un peu plus de quinze jours après la ...
Comprendre. Un peu plus de quinze jours après la mémorable raclée infligée à la droite lors des régionales, François-Xavier Dugourd (UMP) a pris le temps d’en analyser les causes.
LA GAZETTE : La principale victime des élections régionales n’est-elle pas la démocratie, avec ce taux d’abstention inquiétant ?
FRANÇOIS-XAVIER DUGOURD : Absolument. Cette abstention m’inquiète. Si on y ajoute les non-inscrits, les votes nuls et blancs, c’est un terrible désaveu pour la classe politique. Toutes les
familles politiques vont devoir en tirer les conséquences. Ce manque de confiance des électeurs n’est pas nouveau. C’est même une tendance lourde qui se manifeste lors de toutes les élections,
hormis les présidentielles…
Les Français estiment sans doute que l’homme politique ne peut plus rien…
Sans aller jusque là, et pour prendre le cas des régionales, je crois que beaucoup de gens n’ont pas bien compris leur enjeu, qui n’a sans doute pas été assez bien expliqué. Alors que leur rôle
est essentiel et intervient tous les jours dans leur vie quotidienne. Les régions ont compétence pour s’occuper des lycées, des TER, de la formation, et pourtant, trop de gens n’ont pas compris
toute l’importance de cette élection. C’est pour cela que je suis tout à fait favorable à la réforme des collectivités territoriales, qui permettra d’établir un vrai lien entre l’élu et le
citoyen. Il y aura un seul élu au lieu de deux.
D’accord, mais vous n’avez pas l’impression que ce qui intéresse le citoyen lambda, c’est son pouvoir d’achat, conserver son job et bénéficier d’une certaine sécurité ?
Bien sûr ! Mais les collectivités ont de vrais pouvoirs, et on peut changer les choses avec une politique forte.
Revenons sur la rouste du 21 mars dernier : Nicolas Sarkozy a-t-il compris le message ?
On ne peut pas dire qu’il ne s’est rien passé. Il faut être réaliste : c’est une victoire de la gauche, même si elle n’a toujours rien à proposer. On sait que ces élections à mi-mandat ne
sont jamais favorables au pouvoir en place. Je crois que les réformes réalisées par le Président et le gouvernement ne sont pas toujours bien comprises.
Vous voulez dire par là qu’elles ne s’imposent pas toutes ?
Au contraire ! Elles sont indispensables si on souhaite moderniser la France. Mais certaines ont sans doute été mal expliquées. Il y a un défaut de pédagogie. Je suis favorable à un vrai
calendrier des réformes, plus lisible, plus hiérarchisé, mieux expliqué.
Une partie de l’électorat de droite a sanctionné ses élus en reprochant indirectement la politique d’ouverture de Sarko, d’avoir été plus écolo que les écolos… Sans parler de son style
assez peu présidentiel…
Oui, je sais que beaucoup de nos électeurs sont hostiles à une politique d’ouverture trop massive. Moi-même, certaines nominations m’ont surpris. Et je fais partie de ceux qui estiment que le
chef de l’État devrait adopter un style plus en rapport avec sa fonction.
En gros, c’est un vote-sanction…
Plus qu’un vote-sanction, un vote message. On le voit avec le score très important obtenu par le Front national. La plupart des gens qui ont voté pour lui ne veulent pas le voir gouverner. Mais
c’est un message dont il faut tenir compte. Mais par contre, je suis convaincu qu’il ne s’agit pas d’un vote d’adhésion au PS, qui ne propose rien…
Cela fait longtemps que les socialistes ne proposent plus rien, si ce n’est le spectacle de leurs divisions…
En fait, ils proposent de conserver ce qui existe. La gauche a beaucoup critiqué le bouclier fiscal, en affirmant qu’il était favorable aux riches…
C’est un tout petit peu le cas quand même, non ?
Mais non ! Il a été conçu à l’origine pour essayer d’empêcher les entreprises de délocaliser à l’étranger – avec les conséquences que l’on sait pour l’emploi – et donc favoriser le marché du
travail. Je n’ai pas l’impression que ce bouclier favorise les plus riches.
Et la sécurité ? Sarkozy montre à nouveaux ses muscles, mais la délinquance augmente, alors que les moyens de la police et de la gendarmerie – dont les effectifs sont en baisse – ne
cessent de diminuer. Sarko et Hortefeux semblent tout faire à l’envers…
Vous êtes sévère… Il est vrai que les moyens de la police ne semblent pas suffisants. Mais des efforts ont été faits, notamment avec le rapprochement entre la police et la gendarmerie. Les
policiers sont également soumis à des charges administratives beaucoup moins lourdes. Et les chiffres de la délinquance prouvent qu’il y a du mieux…
Mais vous savez très bien que les chiffres sont très discutables, voire bidons…
On peut leur faire dire beaucoup de choses. Mais je veux aussi rappeler que le sentiment d’insécurité n’est pas toujours en phase avec la réalité.
Que pensez-vous de la création par Dominique de Villepin d’un nouveau mouvement ?
Il est surtout motivé par des antagonismes très marqués avec Nicolas Sarkozy. C’est ce qui motive essentiellement Dominique de Villepin. Mais la démarche n’est pas sincère et ne me séduit
pas.
On imagine que les déboires du MoDem ne vous arrachent pas une larme ?
La baudruche s’est dégonflée. Leur électorat est désarçonné par les tripatouillages locaux, comme à Dijon. Il y a une morale en politique, et taper sans cesse sur Sarko comme le fait Bayrou, cela
ne marche pas… .